Le goût de la chair

Lorsque la lame de mon couteau s’est posée sur sa peau, j’ai croisé son regard. Il était crispé, il serrait les dents, mais j’ai compris qu’il ne dirait rien.

La peau est plus résistance que ce que l’on s’imagine. Il faut avoir la main ferme pour ne pas déraper. J’applique une pression progressive, et quand le couteau traverse enfin cette peau, je ralentis mon geste. La chair est bien plus tendre, et l’on s’y enfonce facilement. Un liquide gicle de l’entaille et éclabousse mes doigts. Je les lèche avec gourmandise, le goût est acide et légèrement sucré. Il lâche quelque chose entre le soupir et le gémissement, mais sa mâchoire reste fermée. Il se retient.

J’effectue une seconde incision en biseau afin de détacher un morceau de chair. J’enfonce alors deux doigts sous la peau, je vois son regard se durcir, mais il résiste. Il ne dit toujours rien. Je respecte son silence, d’autres auraient craqué depuis longtemps. Lui, il est solide. J’ai un peu pitié, aussi. Car je sais qu’il cédera, ils finissent tous par céder.

La peau a du mal à se détacher, je doit donner un dernier coup de couteau pour finir par arracher le morceau de chair dégoulinant à son hôte. Je le porte à mes lèvres, et ferme doucement les yeux à la perspective de ce moment de délectation imminent.

C’est à ce moment qu’il craque.

« Bordel, mais t’es dégueulasse ! Tu peux pas éplucher ton orange, comme tout le monde, avant de la bouffer ? »

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