L’homme qui ne rentrait pas

– Bon sang, mais ça fait combien d’heures qu’il est parti ?!
– J’en sais rien Bobby… À chaque fois c’est pareil. Il revient toujours, donc calme-toi et patiente.
– Tu dis ça, mais c’est la première fois qu’il met autant de temps, c’est pas normal…
– Il a raison, d’habitude il rentre bien plus tôt.
– Ta gueule Félix ! Tu vas faire paniquer Bobby là. Tu crois pas que la situation est suffisamment stressante pour lui ?
– Tu vois ! Tu vois ! J’en étais sûr, il a du lui arriver quelque-chose !
– À mon avis, il a en a surtout eu marre de se coltiner les deux boulets que vous êtes. C’est déjà un miracle qu’il vous ait supporté toutes ces années…
– Tu veux dire qu’il nous aurait abandonné ? Nan c’est pas possible. Il ne ferait jamais une chose pareille.
– Ah tu crois Bobby ? Je te rappelle qu’il n’a pas eu l’air de trouver ça très drôle quand t’as eu l’excellente idée de pisser dans ses pompes la semaine dernière. C’était peut-être la goutte d’eau…
– C’était ton idée, Félix ! C’est toi qui m’a dit que ça le ferait marrer, tu m’as dit que ce serait vachement drôle !
– Ouais, bah résultat tu t’es pris une bonne trempe et c’est surtout Félix que ça a fait rire. Il serait temps que t’apprennes à réfléchir par toi-même.
– Tu dis toujours ça, Max. Mais là je réfléchi par moi-même, et je te dis que quelque chose cloche, qu’il aurait déjà du rentrer depuis longtemps.
– Peut-être qu’il a eu un imprévu. Et après ? Ça ne veut pas dire qu’il se passe quelque chose de grave.
– Bah voyons, un imprévu… Ça lui ressemble bien tiens ! À mon avis l’imprévu, c’est qu’il a miraculeusement pris conscience que vous étiez deux attardés incapables de lui apporter quoi que ce soit de positif dans sa vie, voilà tout.
– Je ne suis pas un attardé, t’as pas le droit de dire ça !
– Mais regarde-toi Bobby, t’as de la bave qui te coule sur le menton. Quand il y a de l’orage tu te pisses dessus. Et Max c’est pas mieux : Hier encore il a gerbé partout après avoir bouffé un demi kilo de beurre de cacahuète. À la place du patron je me serais cassé depuis bien longtemps.
– Et si il avait raison, Max ? S’il était vraiment parti pour de bon, hein ? Qu’est-ce qu’on deviendrait ?
– Arrête d’écouter Félix, il s’amuse à te faire peur, à chaque fois c’est pareil.
– Mais oui, ne m’écoutes pas et laisse-toi plutôt endormir par ce que te raconte Max, excellente idée.
– Bordel Félix, ferme-là ! Bobby est capable de réfléchir par lui même.
– Haha ! La dernière fois que Bobby a pris une initiative c’était d’aller boire l’eau des chiottes pour voir le goût qu’elle avait. D’ailleurs ça non plus ça n’a pas eu l’air d’amuser beaucoup le patron…
– Et tu te trouves tellement plus malin que lui, hein ?
– Je ne te le fais pas dire. D’ailleurs…
– Quoi ?
– Attends… C’est quoi cette odeur ?!
– Quelle odeur ?
– Bon sang Bobby ! Tu viens de te chier dessus ?!
– Mais j’y peux rien ! Quand je stress je ne me contrôle plus…
– Merde Bobby, je veux bien prendre ta défense mais fais un effort ! Comment veux-tu que Félix te respecte un jour ?
– À ta place, je ferais disparaître ça rapidement, car si il rentre et qu’il voit ça…
– Oh putain, il a raison ! Qu’est-ce que je fais ? Comment je le fait disparaître ?
– T’as qu’a le bouffer, je vois que ça.
– Tu vas la fermer Félix ! On va trouver une solution, pas la peine de paniquer… Mais… Qu’est-ce que tu fous Bobby ?!
– C’est la seule façon *Crunch* Félix à raison *Slurp*.
– Attends… J’entends la porte qui s’ouvre. Ça y est, il rentre !
– Haha ! J’ai hâte de voir la tête qu’il va tirer quand il verra ce que tu as fait, Bobby.

C’est à ce moment précis que Nicolas Meunier, petit employé de banque, pénétra dans son appartement de banlieue après une journée de travail harassante. Épuisé par un trajet interminable en raison d’une grève, mais heureux de retrouver enfin son foyer, ses deux chiens, si fidèles, ainsi que son chat, un peu taquin.

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